# DÉMONIAQUE.

Dans leur plainte légitime de l’injuste souffrance, de la méchanceté de l’Autre, de l’évacuation de la gentillesse dans des ruisseaux invisibles, les humains ont tendance à aller chercher ce qui leur arrive du côté de l’illusion perdue ou, encore, de la désillusion permanente.
Non, avais-je sorti un de mes jours de bonne humeur, il faut pour construire un espoir humain, s’étonner du bien qui vous est fait, par une image, une musique, un visage, un mot,une pizza ou une fleur et le bénir. En maudissant le temps inéluctable qui effacera ce moment fécond. L’étonnement, comme celui philosophique, est le marteau de l’espoir.
Puis, conscient du caractère assez simpliste de la réflexion et désirant l’emballer dans une pensée plus acceptable, l’enrober, esbroufeur de service, dans la littérature ou la philosophie et rendre ainsi visible cette irruption, assez récente, dans son dévoilement, de la méchanceté, notamment sur les réseaux où les pseudos révèlent leur lâcheté, je me suis souvenu du mot de Shakespeare dans sa « Tempête » :
L’enfer est vide, tous les démons sont ici ».
Nous disions, adolescents, déformant le vers que nous venions de découvrir, par notre professeur immigré de la métropole que « les démons ne sont pas en enfer« .
S’en suivait, toujours, plus tard dans l’âge, une autre discussion sur l’antisémitisme notoire de Shakespeare, laquelle, à vrai dire, n’est pas d’un grand intérêt. Shylok n’est qu’un personnage (parmi les centaines), créés par le maitre, qui joue à être juif, comme le garcon de café de Sartre qui, buste droit, mains dans le dos, joue à être un garçon de café.
Enfin, une telle discussion sur Shakespeare qui n’a jamais tué un juif et ne souhaite pas la destruction atomique de leur terre, est surannée et peut mettre de mauvaise humeur. Ce qui est inutile.Surtout quand elle nous ramène aux illusions perdues ou à la désillusion, s’agissant du talent incommensurable de Shakespeare, venu, comme Bach ou Mozart, d’un autre monde empli d’illusion sur la beauté.
Il doit bien y avoir sur terre des êtres non démoniaques. C’est exactement ce que je disais dans la locution sur l’étonnement devant le bien, lequel, comme le disait le philosophe écossais Hutcheson, à l’inverse du vrai, ne s’apprend pas.