# L’EMBROUILLAMINI ET LA PEUR

Le très célèbre philosophe allemand Peter Sloterdijk nous refait le coup du désespoir dans sa dernière histoire de l’humanité, concentrée sur l’Europe (Livre de l’Europe)
Dans un entretien accordé à Philosophie Magazine, il explique « pourquoi notre position dans le monde est bouleversée par le retour des empires et l’intelligence artificielle ».
J’en donne un extrait sur l’I.A.
L’IA relance en effet l’idée que nous sommes confrontés à quelque chose qui nous dépasse structurellement. Ce n’est plus Dieu, mais c’est une expérience analogique de celle que nous faisions avec Dieu. Il suffit de remplacer le niveau de l’IA par « intelligence générale » et le niveau humain par « intelligence concrète », et vous voyez bien que vous vous trouvez dans une situation analogue à celle de l’homme face à Dieu. Avec l’IA, le savoir est à nouveau dépassé par quelque chose qui est structurellement, je ne dirais pas similaire, mais comparable à Dieu. Et l’analogie marche d’autant mieux que l’IA est quelque chose que nous construisons nous-mêmes. Cela nous donne l’impression vertigineuse que l’intelligence qui nous dépasse est une intelligence qui nous parcourt. On en revient à la manière dont les grands mystiques du Moyen Âge concevaient l’intelligence divine et aspiraient à se plonger dans l’abîme divin pour unifier la petite intelligence humaine et l’intelligence infinie de Dieu. Nicolas de Cues a imaginé un véritable calcul infinitésimal pour concevoir la manière dont on pouvait imbriquer l’intelligence humaine dans l’intelligence absolue de Dieu. Aujourd’hui, les fermes des géants du numérique, où les machines apprennent d’elles-mêmes, sont en passe de remplacer les universités comme espace d’auto-apprentissage de l’humanité. C’est ce que j’appelle l’« autodidactique » des machines. Tout se passe comme si ce grand rêve de transformation de soi du sujet humain face à Dieu était relancé
Dieu a donc pris la forme des machines ?
Dans le Faust de Goethe, Méphistophélès s’exclame : « Un jour, c’est ta ressemblance à Dieu qui te fera peur. » Nous y sommes !
Il devient difficile à notre époque qui n’est pas celle des Foucault et autres Deleuze Derrida de « gober » ce type de discours abscons, qui fait de la complexité de la proposition, son « mystère », une « pensée. On ne comprend rien à ce qu’il dit.
(Propos recueillis par Martin Legros, publié le 10 juillet 2026)
Il est vrai que cette impossibilité de la compréhension immédiate nous a tous séduit dans les années 70, le penseur étant celui qui ne pouvait être compris par son écriture presque cabalistique. Les temps ont changé et il serait bon que ce type de discours disparaisse du marché des idées, tant il embrouille les esprits (le titre).
Quant à Dieu instillé dans l’I.A, c’est de l’imitation de Heidegger, maitre du philosophe qui s’évertue, comme lui, à rendre compliqué le monde qui ne l’est pas, par des locutions énigmatiques et sans avancée.
Quand on lit Peter Sloterdijk, on souffle de dépit et on se demande ce qu’il nous dit pour nous rendre plus intelligents.
Il doit penser que l’énigme de la phrase démontre l’intelligence d’une pensée.
Qiuant à l’I.A, les balivernes qui nous sont assénées commencent à être exténuantes. Il ne s’agit, banalement, que d’une rupture dans un mode de vie et de comportement. Comme l’Electricité et l’arrivée de l’ordinateur.
Il y a toujours des penseurs qui veulent faire peur. Ca fait vendre.