# OBSCURITÉ, SUITE
Dans un précédent billet, j’avais un pesté contre la parole ou l’écrit qui surnageaient dans un épais brouillard, sans donner à lire de « l’intelligible », pourtant pas difficile à fabriquer si l’idée du locuteur est claire.
Interessé par l’évolution de l’I.A, je tombe sur cet entretien donné ) Philomag par un certain Lionel Naccache.
Je croyais que malgré la tentative d’embrouiller, pon pouvait, en se prenant la tête entre les mains, comprendre malgré tout, ce qui se disait. Et bien non. J’ai relu trois fois le texte et n’ai toujours pas compris. Je donne le texte de l’entretien. Si quelqu’un comprend, qu’il m’explique vite.
(propos recueillis par Martin Legros, publié le 22 juillet 2026 )
Les chercheurs d’Anthropic ont intégré à Claude, leur modèle de langage, une modélisation de la conscience en forme d’« espace de travail neuronal global » élaboré par les neuroscientifiques. Avec des premiers résultats troublants. Lionel Naccache, partie prenante de cette expérience, nous explique.
Pouvez-vous nous expliquer la modélisation de la conscience que vous avez élaborée et qui a servi de base à l’expérience d’Anthropic ?
Lionel Naccache : « La théorie de l’espace de travail neuronal global [Global Neuronal Workspace, ou GNW] que nous élaborons avec Stanislas Dehaene, Jean-Pierre Changeux, Claire Sergent et moi, repose sur une propriété fondamentale de la conscience soulignée par Bernard Baars dès la fin des années 1980 : la « disponibilité cognitive ». Lorsque nous prenons conscience d’une perception, d’un souvenir ou d’un sentiment, il devient immédiatement accessible à l’ensemble de nos facultés cognitives de haut niveau. On peut le nommer, s’en souvenir, en tirer une décision. La prise de conscience correspond au passage d’un espace non conscient, spécialisé, « modulaire », vers un espace conscient global : l’espace de travail neuronal. L’entrée d’une représentation mentale dans l’espace de travail global conscient expliquerait sa disponibilité cognitive. Nous avons proposé une version neuronale de cette propriété cognitive.«
Au cours de leur expérience, les chercheurs d’Anthropic ont vu apparaître un “espace de travail” analogue où la plateforme Claude semble stocker des représentations de haut niveau qui lui permettraient d’assurer le fonctionnement de ses opérations…
« L’approche originale développée par l’équipe de Jack Lindsey d’Anthropic repose sur une méthode mathématique élégante [la lentille jacobienne fondée sur un outil mathématique appelé la matrice de Jacobi] : elle permet d’identifier les représentations de mots uniques latentes, les « tokens » du vocabulaire du LLM (grand modèle de langage), qui sont élaborées à chacune des dizaines de couches successives du réseau et qui influencent la réponse finale lisible sur la dernière couche. C’est ainsi qu’ils ont découvert le « J-Space » [« J » pour Jacobi]. Quatre résultats principaux se dégagent ».
« Premièrement, ce J-Space est identifiable dans les couches intermédiaires du LLM, à l’image de ce qui se passe dans l’espace de travail neuronal global qui réside dans les régions associatives du cortex et pas dans les régions sensorielles ou motrices. Deuxièmement, les mots activés dans ce J-Space présentent une flexibilité évocatrice d’une forme de disponibilité cognitive. Troisièmement, lorsqu’on sonde les rapports internes du LLM, ses réponses semblent présentes au sein du J-Space, qui semble donc contenir une sorte de discours réflexif. Enfin, il est possible d’intervenir sur le J-Space, soit en substituant un mot par un autre, soit en procédant à une ablation d’éléments du J-Space : des perturbations qui permettent de distinguer les performances du LLM qui résistent à ces perturbations de celles qui s’effondrent. Ces lésions du J-Space n’affectent pas les tâches automatiques du LLM comme, par exemple, la traduction d’une langue à l’autre, mais spécifiquement les tâches stratégiques de haut niveau. Fait intéressant : ce J-Space a émergé lors de la phase d’entraînement sans instructions explicites ».
Vertigineux, ce résultat semble faire émerger l’équivalent d’une conscience au sens fonctionnel du terme.
« L’architecture fonctionnelle du J-Space présente des propriétés parfois proches de celles du GNW. Cependant, de nombreuses différences subsistent : le LLM n’a pas de corps, ni de mémoire épisodique, ni de spontanéité… Et ce sont là trois ingrédients fondamentaux pour l’émergence d’un Soi conscient. En outre, le fonctionnement d’un LLM est dépourvu d’une propriété essentielle : la récurrence. Dans un cerveau, la conscience requiert une double circulation des informations entre les régions qui sont organisées de manière hiérarchique : une circulation montante (bottom-up) et une circulation descendante (top-down). Or le fonctionnement de LLM entraînés n’est plus bidirectionnel et ne présente pas de récurrence. Si la question de la « conscience » d’un LLM requiert la prise en compte de ces similarités et différences, ce travail montre que des propriétés cognitives spécifiques de la conscience semblent émerger spontanément dans certains modèles de langage par intelligence artificielle ».
Le prochain ouvrage de Lionel Naccache, Habeas corpus, paraît à la rentrée 2026 aux Éditions Odile Jacob. 240 p.
PS. « vertigineux » clame l’interviewer. Oui, à en tomber.