Jankėlėvitch et Raveling, suite

Dans un billet relativement ancien (voir note plus bas, je le redonne ici), dénommé « Jankėlėvitch et l’allemand « , j’avais relaté la correspondance et la rencontre entre Jankélėvitch qui avait « effacé  » l’Allemagne dans son cerveau et ce professeur allemand de français, Wiard Raveling.

Une amie m’a demandé de lui envoyer cette correspondance que je n’avais pas reproduite intégralement, alors que je l’avais promis…

Ce que j’ai fait, tout en les insérant ici

Lettre de Wiard Raveling écrite en français, juin 1980

« Cher Monsieur Jankélévitch,

« Ils ont tué six millions de Juifs
Mais ils dorment bien
Ils mangent bien
Et le mark se porte bien. »

Moi, je n’ai pas tué de Juifs. Que je sois né allemand, ce n’est pas ma faute ni mon mérite. On ne m’en a pas donné permission. Je suis tout à fait innocent des crimes nazis ; mais cela ne me console guère. Je n’ai pas la conscience tranquille. J’ai une mauvaise conscience et j’éprouve un mélange de honte, de pitié, de résignation, de tristesse, d’incrédulité, de révolte.
Je ne dors pas toujours bien.
Souvent je reste éveillé pendant la nuit, et je réfléchis et j’imagine. J’ai des cauchemars dont je ne peux pas me débarrasser. Je pense à ANNE FRANK, et à AUSCHWITZ et à la TODESFUGE et à NUIT ET BROUILLARD :

DER TOD IST EIN MEISTER AUS DEUTSCHLAND
« La mort est un maître venu d’Allemagne »

Je me rappelle exactement la nuit où j’ai vu NUIT ET BROUILLARD. Quelqu’un m’avait signalé qu’on donnerait le film à la télévision. J’ai voulu le voir. Mais il ne fallait rien dire à mes parents, parce que c’était trop tard pour un lycéen qui devait se lever de bonne heure dans toute la fraîcheur du corps et de l’esprit. Quand mes parents s’étaient couchés, je me suis relevé clandestinement, le cœur battant. Quand je suis passé devant leur porte, mon père ronflait comme d’habitude, et ma mère dormait paisiblement sans doute. Et moi, j’ai allumé la télévision et j’ai mis le son tout bas pour ne déranger personne, et je fus le témoin de cette nuit de l’humanité. Je vis ces montagnes de cadavres, ce mélange absurde et obscène de chair, de boue, d’os, d’excréments, de cheveux. Je vis ces cadavres entrelacés dans un commun destin, poussé dans le fossé par un bulldozer impassible, dans l’étreinte secouée par la mort. Et tout se passait sous les yeux impassibles de mes compatriotes en uniforme, qui selon toute apparence, ne furent pas attendris même par le plus petit des corps. Ces choses inanimées avaient été des êtres humains mis au monde par des mères, des êtres humains pleins d’espoir et de crainte, de joie et de tristesse. Et pleins de talents. Combien de talents.
Et après je me suis recouché dans un état peu préparé au sommeil. Quand je suis passé par la porte de mes parents, mon père ronflait toujours et ma mère dormait toujours paisiblement, sans doute. Et je fus seul toute la nuit, seul avec les impressions que je ne pouvais pas digérer. J’étais dans un âge impressionnable, qui n’a pas encore beaucoup de défenses intellectuelles, qui n’a pas encore les callosités du cœur indispensables pour l’âge adulte. Et Dieu était mort définitivement.

Je n’ai jamais parlé de cette nuit à mes parents ni à personne. C’est sans doute pourquoi elle ne m’a plus jamais relâché.

DER TOD IST EIN MEISTER AUS DEUTSCHLAND

Est-ce que j’ai le droit de me plaindre ? Tout le monde comprend que la victime se plaigne, et le fils de la victime. Mais le fils du bourreau ?
Comment jamais venir à bout d’AUSCHWITZ ? Comment surmonter ces montagnes, comment combler ces fossés, comment éteindre ces fours, comment disperser cette puanteur, comment calmer ces gémissements, comment calmer ces cris de désespoir ?

GRAB MIR EIN GRAB IN DEN LÜFTEN DA LIEGT MAN NICHT ENG
« Creuse-moi une tombe dans les airs on n’y est pas à l’étroit »

Il y en a chez nous qui ont trop vite oublié. Il y a parmi nous beaucoup de coupables qui vont bien.
Je mange bien, merci, quand ma femme est en forme, et surtout quand je suis en France.
Je n’ai pas de difficultés financières. Je gagne plus que mes collègues français, polonais, russes et israéliens.
Mais je souffre de mon pays, redevenu en apparence si fort et si plein d’assurance. Je souffre de mon pays qui est en réalité plein de complexes et d’incertitude, qui cherche sa place et son identité, qui est plein de coupables et d’innocents, d’arrogants et d’humbles, d’opportunistes et de gens engagés et de jeunes ingénus qui portent la lourde charge que l’histoire leur a mise sur le dos. Ils ont besoin de la sympathie et de l’aide des autres peuples.
Un Français peut souffrir de la Majorité ou de l’Opposition, ou des patrons ou des syndicats ; mais est-ce qu’il peut souffrir de la France ? Moi, je souffre de l’Allemagne. C’est une plaie dans mon cœur qui ne se ferme pas. Quelqu’un a dit que, sans les nazis, ce siècle aurait pu être le siècle de l’Allemagne au sens positif.

Mes parents n’ont pas tué de Juifs. Ils ne dorment pas toujours bien. Ma mère est souffrante. Mon père s’endort vite et profondément. Mais il ne peut pas dormir longtemps. Il se lève toujours très tôt. Il est revenu mutilé de Russie, et son corps lui fait toujours mal. Depuis bientôt quarante ans. Cela remonte déjà à 1941 lorsqu’un soldat anonyme de Russie lui a fracassé la hanche. Donc je peux être certain qu’il n’a pas participé à AUSCHWITZ, à Babi Yar [village d’Ukraine où 40 000 personnes furent tuées par balle, NDLR], à Varsovie. Peut-être ou même probablement, il a tué quelques soldats russes. C’était normal pour le dire cyniquement. Mon père porte son souvenir douloureux toujours avec lui. Il ne se plaint jamais. Est-ce que son cœur est aussi atteint ? Est-ce que son âme est aussi mutilée ? Je n’ose pas y regarder de trop près. Lui, il n’aime pas parler de ce temps-là.
Mes parents n’ont pas voté pour Hitler avant 1933. Mais après ses « grands succès », ils se sont convertis. Convertis à cet homme qui pourtant avait des cornes pleines le visage et sentait le soufre de loin et n’était guère parfumé ni plein de distinction. Même dans leur région rurale, ils ont dû remarquer que les Juifs disparaissaient un peu partout. Beaucoup partout. Cela n’a pas dû les troubler outre mesure.
Je ne les méprise pas. Est-ce que moi, à leur place, je n’aurais pas agi comme eux ? Cette question m’inquiète et je n’ose pas y donner une réponse rapide et négative.
Responsables ou innocents résultats ?
Est-ce que je les aime ? Est-ce que j’ai le droit de les aimer ? Peut-être que moi aussi, dans un certain sens, j’ai perdu mes parents. Mes parents et mon pays.
Pendant toute mon enfance, pendant toute ma jeunesse, mon père claudiquant m’a rappelé chaque jour que nous avions été du mauvais côté. Nous ?
Mes parents mangent assez, merci. Même trop. Mais pas très bien, à mon goût. C’est à cause d’un manque de culture culinaire. Leur pension est assurée et assez élevée. Ils ont plus de moyens que de besoins.
L’autre jour, un ancien camarade de classe de mon père, un Juif qui avait émigré aux États-Unis, lui a rendu visite. Aux dires de mon père, ils se sont très bien entendus. Est-ce que c’est vrai ? Est-ce que c’est un miracle ? Est-ce que c’est normal ?
Mes grands-parents n’ont pas tué de Juifs, eux non plus. Ils ont toujours été contre les nazis, même pendant leur époque « glorieuse ». Mais ils ne sont pas distingués comme résistants. À vrai dire, ils n’ont pas résisté. « L’individu ne peut pas faire grand-chose en politique. » Ils n’ont pas assassiné Hitler. Ils ont passé leur temps à travailler et à espérer pour le mieux. Mais qui s’intéressera à mes grands-parents ? Ils n’ont rien fait d’important, ni de bien ni de mal. Avec eux, on ne peut rien prouver.
Mes enfants ne connaissent pas de Juifs. Dans notre région, il n’y en a presque plus. Mes enfants dorment bien, merci. À moins qu’ils n’aient la grippe ou qu’une dent ne leur fasse mal. C’est tout comme chez les petits Français ou Polonais ou Russes ou Israéliens. Qu’ils soient nés allemands, cela ne leur pose pas encore de problèmes. Pas encore. Ce n’est pas de leur faute, mais la mienne et celle de ma femme.
Mes enfants peuvent manger bien et beaucoup, s’ils le veulent. Mais ils ne le veulent pas toujours. Mon garçon mange comme un moineau. Les autres, ça va mieux. J’espère qu’ils auront toujours assez à manger. Et j’espère que le mark, leur mark, se portera toujours bien, tout comme le franc et le zloty. Mais, bien sûr, mes vœux ne changeront guère le cours de l’histoire.
Mes trois enfants sont blonds, Blond germanique. Blond Brigitte Bardot.

DEIN BLONDES HAAR MARGARETHE
DEIN ASCHENES HAAR SULAMITH
« Tes cheveux blonds Margarethe
Tes cheveux de cendre Sulamith »

Je leur parle d’ANNE FRANK. Je leur parlerai de NUIT ET BROUILLARD. Je leur parlerai de notre histoire pas très réussie. Je leur parlerai du mal que des Allemands ont infligé à tant de gens et de peuples. Je leur parlerai de notre lourd héritage, qui est aussi le leur. J’essaierai de les informer, de les intéresser, d’éveiller leur sympathie pour ceux qui ont souffert et pour ceux qui souffrent encore. Je chercherai à éviter de leur léguer mes cauchemars et ma mauvaise conscience, ce qui ne sera pas très facile. Ils apprendront des langues étrangères. Ma fille aînée apprend déjà le français et l’anglais. Ils voyageront dans des pays étrangers et rencontreront des gens de tous les pays. Je suis sûr qu’ils n’auront pas beaucoup de préjugés. J’espère qu’ils n’auront pas trop de complexes.
Si jamais, cher Monsieur Jankélévitch, vous passez par ici, sonnez à notre porte et entrez. Vous serez le bienvenu. Et soyez rassuré. Mes parents ne seront pas là. On ne vous parlera ni de Hegel, ni de Nietzsche, ni de Jaspers, ni de Heidegger, ni de tous les autres maîtres penseurs teutoniques. Je vous interrogerai sur Descartes et sur Sartre. J’aime la musique de Schubert et de Schumann. Mais, je mettrai un disque de Chopin, si vous le préférez, de Fauré et de Debussy. Je suis sûr que vous ne serez pas fâché si ma fille aînée joue du Schumann au piano et si les petits chantent des chansons allemandes. Soit dit en passant : j’admire et je respecte Rubinstein ; j’aime Menuhin.
On vous fera grâce de notre choucroute et de notre bière. On vous préparera une quiche lorraine ou une soupe russe. On vous donnera du vin français. Si vous ne pouvez pas dormir sur nos édredons, on vous donnera une couverture aussi française que possible. Si, un matin, vous êtes réveillé par une voix allemande, ce ne sera que mon fils qui jouera avec son train électrique.
Peut-être, s’il fait beau, vous irez faire une petite promenade avec nos enfants. Et, si la plus petite trébuche ou tombe, vous la relèverez. Et elle vous sourira avec ses jolis yeux bleus. Et peut-être caresserez-vous ses jolis cheveux blonds.

Je vous prie de croire, cher Monsieur Jankélévitch, à l’assurance de mes sentiments respectueux.
W.R.

Lettre de Vladimir Jankélévitch, 5 juillet 1980

« Cher Monsieur,

Je suis ému par votre lettre. J’ai attendu cette lettre pendant trente-cinq ans. Je veux dire une lettre dans laquelle l’abomination est complètement assumée et par quelqu’un qui n’y est pour rien. C’est la première fois que je reçois une lettre d’Allemand, une lettre qui ne soit pas une lettre d’autojustification plus ou moins déguisée. Apparemment, les philosophes allemands, « mes collègues » (si j’ose employer ce terme), n’avaient rien à me dire, rien à expliquer. Leur bonne conscience était imperturbable. Et de fait il n’y a plus rien à dire dans cette horrible chose. Je n’ai donc pas eu de grands efforts à faire pour m’abstenir de tous rapports avec ces éminents métaphysiciens. Vous seul, vous le premier et sans doute le dernier, avez trouvé les mots nécessaires en dehors de rabotages politiques et de pieuses formules toutes faites. Il est rare que la générosité, que la spontanéité, qu’une vive sensibilité ne trouvent pas leur langage dans les mots dont on se sert. Et c’est votre cas. Cela ne trompe pas. Merci.

Non, je n’irai pas vous voir en Allemagne. Je n’irai pas jusque-là. Je suis trop vieux pour inaugurer cette ère nouvelle. Car c’est tout de même pour moi une ère nouvelle. Trop longtemps attendue. Mais vous qui êtes jeune, vous n’avez pas les mêmes raisons que moi. Vous n’avez pas cette barrière infranchissable à franchir. À mon tour de vous dire : quand vous viendrez à Paris, comme tout le monde, sonnez chez moi, 1, quai aux Fleurs, près de Notre-Dame. Vous serez reçu avec émotion et gratitude comme le messager du printemps. J’espère que ma fille (26 ans) sera là. Elle sait tout ce qu’il y a à savoir sur l’horreur sans nom ; mais elle est de son temps, et elle n’a pas connu l’accablement. Son mari est comme elle. Nous faisons tous le même métier (tous trois professeurs de philosophie). Nous ne parlerons pas de l’horreur. Nous nous mettrons au piano : il y en a trois (deux grands pour moi, un pour ma Sophie).

À vous en toute sympathie.

Vladimir Jankélévitch, 1, quai aux Fleurs, 75004 Paris

NOTE DE MB AUX LECTEURS.

CERTAINS AYANT PRECISE QU’ILS NE RETROUVAIENT PAS MON PREMIER TEXTE, LE BOUTON DE RECHERCHE AYANT DISPARU (JE TENTE DE REPARER) JE LE COLLE CI-DESSOUS….

Jankélévitch et l’allemand 

C’est un Vendredi, mon jour préféré, celui qui attend un week-end. On le préfère au week-end lequel, lui, est acquis, établi, structuré. Le Vendredi est le jour d’une sorte de vacance volée, cadres idiotement sans cravate, sortie prématurée des bureaux, apéritifs et diners organisés avec des amis, remise au lendemain. Bref, un jour comme sur une balançoire brouillonne.

Et, souvent, le Vendredi au bureau, tôt, on fait comme Boris Vian, on ne travaille pas, on est ailleurs. On écrit autre chose. Ce, notamment, qu’on n’a pu écrire au petit matin.

C’est aujourd’hui le cas.

Je ne sais pas pourquoi ce matin, j’ai pensé à l’allemand de Jankélévitch. Allez savoir pourquoi. Curieux.

Vous connaissez, évidemment, mais je rappelle (en m’aidant de Philomag).

Jankélévitch ne pouvait pardonner l’holocauste.

Je cite un de ses textes

« Les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent être purgés ; le temps n’a pas d’influence sur eux. Non pas parce qu’une prolongation de dix ans serait utile pour punir les derniers coupables. C’est un non-sens complet que le temps, un processus naturel sans valeur normative, puisse exercer un effet lénifiant sur l’horreur insupportable d’Auschwitz. »

Le plus grand crime de l’humanité, « le mal ontologique» comme Jankélévitch l’appelle, est impardonnable parce qu’il se dirige contre l’humanité même.

Et Jankélévitch en tire les conséquences. Lui, adorateur de l’Allemagne une thèse sur Schelling, un amour des compositeurs allemands, le fait que son père ait, le premier, traduit Freud en français : rien n’y fait : il rompt avec l’Allemagne, n’y veut plus y mettre un pied, ne veut plus le parler ou entendre un début de commencement de ce qui a trait à ce pays.

L’Allemagne, les allemands sont « effacés ».

Un jour, il reçoit une lettre, en français, d’un allemand, un certain Wiard Raveling, lequel, comme il dira plus tard, est absolument certain de ne pas recevoir de réponse. Et ce d’autant plus que la lettre est assez provocante, presque dithyrambique de la culture allemande, citant des vers issus du poème Todesfuge (« Fugue de mort ») du poète juif allemand Paul Celan (Pavot et Mémoire) En lettres capitales. LA MORT EST UN MAÎTRE VENU D’ALLEMAGNE… TES CHEVEUX DE CENDRE…

Comme le dira Raveling par la suite « Je voulais attirer l’attention de Jankélévitch sur le fait que la langue qu’il hait n’est pas seulement la langue des meurtriers mais aussi celle de nombreuses victimes. »

Raveling invite le philosophe à venir chez lui comme une vieille connaissance : « Si jamais, cher Monsieur Jankélévitch, vous passez par ici, sonnez à notre porte et entrez. »

Quelques semaines plus tard, Raveling reçoit une réponse : « Je suis ému par votre lettre. J’ai attendu cette lettre pendant trente cinq ans. » Non, il ne viendra pas en Allemagne. « Je suis trop vieux pour inaugurer cette ère nouvelle. » Mais lui, Raveling, devrait, s’il vient à Paris, sonner au 1, quai aux Fleurs. « Vous serez reçu comme le messager du printemps. »

Vladimir Jankélévitch avait répondu à l’Allemand. Un événement qui suscita quelques réactions en France. « Cet échange de lettres […] hors norme […] ouvre et ferme une blessure que l’on tenait pour incurable », écrit l’écrivain français – et ancienne assistante de Jankélévitch – Catherine Clément, dans Le Magazine littéraire. « L’imprescriptible a trouvé sa prescription. »

Et Jacques Derrida commenta cet échange de lettres en détail dans son dernier livre et téléphona même sur son lit de mort à Raveling.

L’allemand vient en avril 1981 à Paris. Jankelevitch le reçoit dans son antre (grande salle de séjour qui est aussi une salle de musique, trois pianos dans la pièce, étagères remplis de livres, partout des partitions, des notes, des feuilles).

« Nous avons d’abord parlé de choses anodines, puis de questions d’éthique, de différents compositeurs, de nos enfants… Je suis resté tout l’après-midi, c’était une conversation stimulante. » Mais ils ne parlent pas du thème originel – du Sujet.

Wiard Raveling, dira encore « Il a persisté dans son refus de parler de philosophes, d’écrivains ou de musiciens allemands. Il n’empêche qu’il m’a répondu et même invité. Peut-être n’a-t-il toutIl a persisté dans son refus de parler de philosophes, d’écrivains ou de musiciens allemands. Il n’empêche qu’il m’a répondu et même invité. Peut-être n’a-t-il tout simplement pas eu le temps d’opérer un véritable changement d’attitude. »

En 1984, Jankélévitch tombe gravement malade. Wiard Raveling ne l’a jamais revu. Mais ils sont restés en contact jusqu’à la fin. Dans l’une de ses dernières lettres, Wiard Raveling hasarde une nouvelle tentative. « Quand un homme qui s’occupe de philosophie et de musique – et aime les deux – et qu’il ne veut pas avoir affaire (ou à peine) à la contribution de l’Allemagne dans ces domaines, c’est un triomphe posthume du national-socialisme. »

Jankelevitch dira encore : « Je n’ai en effet aucune envie de remâcher une fois de plus mes griefs. À quoi bon insister ? Et pourquoi écrire toutes ces choses ? La moitié du genre humain est composé de sourds. Je revisserai soigneusement mon stylo et le passerai à ma fille, qui sera certainement plus écoutée que moi. »

Raveling dira enfin que Jankelevitch avait « un nœud dans son âme ». Et il n’a pas voulu le dénouer.

Jankélévitch est mort en 1985

PS. Je publierai le texte complet des lettres plus tard. Le week-end est arrivé.

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