# ESPAGNE, LA TRISTESSE

Des voyages extraordinaires, des corridas de rêve, des espagnols dans la tristesse joviale, un pays que j’aime. Hispanophile, disait-on de moi.
Depuis l’arrivée au pouvoir de marxo-criards, de l’apologie d’une politique anti-israélienne, d’une partie du peuple qui ose arrêter le Tour d’Espagne (la « Vuelta Ciclista) à cause d’une participation d’une équipe dans laquelle est incluse des israéliens, nécessairement dans le frôlement de l’antisémitisme, j’ai « quitté’ l’Espagne, pays frère de mes grands moments.
Pour des motifs assez clairs que comprendrait parfaitement, au demeurant, la majorité des espagnols qui soutiennent, sans analyse, par mimétisme, allègrement, le Boycott contre les produits israéliens.
Depuis le 7 octobre, Pedro Sánchez a fait de l’affrontement avec Israël l’un des marqueurs de sa politique étrangère.
Certains affrment même que cette haine n’est pas nouvelle, qu’elle se « révèle », que le « pro-palestnisme » violent n’est pas étranger, par ricochet, à l’expulsion des Juifs, l’Inquisiton, le franquisme, l’anti-américanisme, la mémoire coloniale et les mythes persistants autour du pouvoir juif.
Au cours des deux dernières années, l’Espagne s’est donc imposée comme l’un des pays les plus agressifs dans son soutien à la cause palestinienne, avec une haine inédite. Le soutien n’est qu’un acte, le propos est de la vilénie et je ne veux insister..
Si Madrid s’est initialement alignée sur la positon européenne dominante, reconnaissant le droit d’Israël à se défendre après les attaques du 7 octobre, elle s’en est rapidement distinguée de la plupart des États membres de l’Union européenne (UE) en remettant en question, puis en condamnant, la conduite de la guerre par Israël à Gaza. Avec une violence que le Hamas a pu admirer.
On l’a déjà dit : L’on ne revient pas ici, au risque d’alourdir le billet, sur la relaton entre antisionisme et antisémitisme, relation désormais acquise par les chroniqueurs et analystes sérieux qui ne soutiennent pas LFI.
C’est donc dans la tristesse, que défendant un peuple qui ne fait que lutter pour sa survie (le peuple isrélien juif) que j’ai décidé de ne plus me rendre en Espagne. Triste, dans la douleur, exacerbée par la relecture du petit texte de Clément Rosset sur l’Espagne que j’insère ci-dessous. Que faire ? J’aimais l’Espagne.
Espagne
« Ma famille, avant ma naissance, a passé quinze ans en Espagne, jusqu’à la guerre civile. Mon père est tombé amoureux de l’île de Majorque et y a acheté une petite maison, Ca’n Cunieta, dont j’ai hérité. J’y vais souvent. Dans mon imaginaire, Majorque est une sorte de paradis sur Terre, un pays de cocagne où l’on trouve à la fois une cuisine délicieuse, des eaux bleues, Chopin, le folklore et les danses espagnoles. J’y ai mené mon éducation sentimentale. Je sais bien qu’il est un peu idiot de parler d’un tempérament espagnol. Mieux vaut éviter de raisonner comme cet Anglais qui, débarqué à Calais, conclut que toutes les femmes françaises sont rousses après avoir vu une passante rousse dans la rue. Mais il y a quand même certains traits majoritairement nationaux. Ce que j’aime en Espagne, c’est la gaieté, le sens de la fête, le goût de la vie qui s’exprime dans la musique et dans les danses – notamment celles qui viennent de l’Aragon, les boléros, les jotas, que je préfère aux danses andalouses plus austères. Avec cette nuance que l’Espagne est aussi le pays de la tragédie. J’ai beaucoup écrit sur le fait que l’allégresse et le sentiment tragique de la vie sont indissociables. C’est le cas en Espagne : voilà une population chez laquelle le sens de ce qui existe, de ce qui est – la dimension ontologique –, est complètement absent. Seul le paraître a de la consistance. Le monde est une porte merveilleuse, somptueuse, qui n’ouvre sur rien. Contrairement à ce que l’on pense en général, les Espagnols ne prennent rien au sérieux. Chez eux, tout est factice, en carton-pâte. Pour employer le jargon philosophique, l’Espagne est le pays par excellence du phénoménisme. Ce n’est pas un hasard si l’un des plus grands philosophes espagnols, Baltasar Gracián [1601-1658], décrit le monde comme une apparence et affirme que “ce qui ne se voit point est comme s’il n’était point”. En Espagne, ces deux idées, “rien ne vaut rien” et “la joie de vivre est infinie”, sont alliées. Tout est foutu, soyons joyeux. Rassurons-nous, tout va mal : c’est l’une de mes devises préférées. » Clément Rosset. Entretien Philosophie magazine.