# LE VOILE DÉVOILE
1 – La proposition du R.N d’interdire le voile dans l’espace public a provoqué une levée de boucliers assez inédite dans sa violence.Il fallait s’y attendre et nul ne peut défendre la mesure coercitive qui n’est jamais adéquate.
La loi ne peut aller à l’encontre des faits. Ici celui d’une réelle augmentation, dans la population musulmane, du port du voile dont l’une des causes se terre, manifestement, dans la lutte contre la « domination occidentale » et un pied-de-nez ostensible à la France coloniale.
2 – La critique de cette proposition, inopportune (encore une fois dans la coercition) est très facile : stigmatisation, avatar du populisme, aucune menace pour la République, bout de tissu (concept américain), liberté dans le costume, liberté tout court, inapplicabilité de la mesure. Je dois en oublier.
3 – En réalité, après avoir rappelé que cette présence du voile, accrue dans l’espace français, est aussi directement lié à celle des frères musulmans, dont l’influence occulte ou sans complexe est devenue une donne de l’état des forces, il devient urgent de s’interroger sur le devenir du pays. Lequel ne peut advenir à coups de décrets.
On se souvient que, dans la lutte contre les frères musulmans, le régime saoudien lui-même avait interdit le voile, avant d’abroger la Loi, après les émeutes et violences qu’elle avait générées.
4 – Deux questions se posent, en abordant ce « problème » : est-ce un problème ? Si oui, quelle est la solution pour y remédier, hors de la Loi nationale.
On peut considérer que c’est un problème. Au regard de l’histoire et de la civilisation d’un pays, sauf à clamer, avec d’autres, qu’elles ne sont rien, les temps et périodes se succèdant naturellement, comme les ères; que cette « centralité » d’une culture est un leurre à l’époque d’une nécessaire « créolisation » dans un mélange sans bornes.L’on ne peut adhérer à une telle conception des cultures.
Il n’est pas inopportun, ici, de rappeler ce que Claude Lévi-Strauss, s’agissant des cultures, de leur permanence, avait précisé, lors de la Conférence de l’UNESCO, reprise dans un opuscule intitulé « Race et culture ».
Le texte qui faisait suite à un autre intitulé « Race et Histoire » prenait le contre-pied de ce que les conférenciers attendaient du maître.
Lévi-Strauss affirmait que pour rester créatrices, les cultures doivent conserver une certaine « imperméabilité » les unes par rapport aux autre, instaurer une relative fermeture culturelle.
Il précisait que ce n’était pas du racisme que de rechercher les conditions nécessaires à la préservation de la diversité humaine, gage de la créativite, exclusive d’une « fusion » globale des cultures.
Le « métissage » était contre-productif.
Il n’est pas non plus inutile de citer Rousseau sur ce thème : »Ce sont les institutions nationales qui forment le génie, le caractère, les goûts et les mœurs d’un peuple, qui le rendent lui et non pas un autre, qui lui inspirent cet ardent amour de la patrie fondé sur des habitudes impossibles à déraciner […].Un enfant, en ouvrant les yeux, doit voir la patrie, et jusqu’à la mort ne doit plus voir qu’elle. Tout vrai républicain suça avec le lait de sa mère l’amour de sa patrie, c’est-à-dire des lois et de la liberté. Cet amour fait toute son existence ; il ne voit que la patrie, il ne vit que pour elle ; sitôt qu’il est seul, il est nul : sitôt qu’il n’a plus de patrie, il n’est plus ; et s’il n’est pas mort, il est pis. »Jean-Jacques Rousseau, Considérations sur le gouvernement de Pologne, Chapitre IV.
Mais pourrait -on nous objecter, ces textes et concepts sont hors-sujet, s’agissant non pas de métissage culturel (me.si ce dernier est magnifié par LFI ou d’amour de la patrie mais plus simplement de coexistence dans l’espace public de communautés différentes qui ne porterait pas atteinte à une unité patriotique, une culture unifiée dans le temps de son histoire.
Rien n’est plus faux. L’intrusion en masse du voile dans l’espace français (public ou non) dévoile le processus à l’œuvre qu’avec le temps et les idéologies, certains s’en réclament même lorsqu’ils affirment « la fin de la France historique » et l’avènement d’une « nouvelle France ».
Cette nouvelle France est aussi celle du voile.
Dès lors, de deux choses l’une :
– soit l’on considère que l’identité française, ses racines sont des nuages de mots et la réalité, même religieuse, en nombre doit s’imposer sur le territoire,
– soit l’on affirme que la France doit conserver cette identité et éviter son effritement dans tous les espaces, sa relativisation.Adepte de la seconde solution, celle de la tradition, de la racine, de l’identité, du socle historique, chrétien et occidental, je conclus ainsi pour répondre à la première interrogation que l’installation d’une culture qui n’est pas celle du pays dans l’espace public est un problème.
Il me plaît, en effet, de ne pas me voir imposer ce qui n’est pas de moi.
On ne peut imaginer une interdiction du port de la mini-jupe, s’agissant d’un vêtement occidental. On peut imaginer, non pas l’interdiction (on y reviendra) du voile mais un rappel à l’ordre culturel’du pays qui accueille des étrangers.Dès lors,assimiler le voile à une « tenue vestimentaire » librement portée est une baliverne inventée curieusement, dans le paradoxe par LFI et ‘es États-Unis.
Au risque de la répétition, « le voile dévoile » l’intrusion, la main -mise sur la rue, et, pour finir au centre, une volonté d’en découdre avec l’Occident, jusqu’à, pour certains, vouloir imposer la charia islamique.
Ce qui précède est acquis. Il n’était pas inutile de revenir sur cette banalité de l’emprise pour en venir à l’essentiel : que faire ?
5 – La loi, le référendum, au-delà même de son inconstitutionnalité, contraire à la Convention européenne des droits de l’homme (ce qui n’est jamais un obstacle dans une politique ferme qui peut chambouler le droit positif) n’est pas une solution.Elle provoquerait rancoeur, rancune, émeutes et effet pervers, augmentant la propension au port.
La seule solution se trouve entre les mains des intéressés eux-mêmes. Et de la fermeté d’une parole publique.Ceux qui viennent en France, ceux qui pratiquent une religion qui n’est pas celle du pays doivent respecter l’hôte. En pratiquant très librement leur religion dans leur espace privé et les mosquées qui doivent être construites à la mesure de la communauté.
Le voile (nullement imposé dans le Coran) est bien une pratique culturelle musulmane qui doit rester dans son enclos, comme, au demeurant, les autres religions.
Ce n’ est que par l’action des musulmans modérés, par la répétition à l’envi, dans le discours politique, de la nécessité du respect de la France que peut émerger une « nouvelle culture » qui n’est pas celle d’une « nouvelle France » mais celle d’une nouvelle intelligence de la question.C’est ici que la France doit bouger. Celle des français dit « de souche » qui doivent trouver les moyens de la préservation de leur histoire qui est leur identité.
Et aussi, celle des français immigrés qui ne sont pas « une nouvelle France » mais de nouveaux habitants respectueux des us et coutumes du pays qui les accueillent, qui devraient manifester dans la rue contre ceux qui détruisent, même involontairement, l’âme d’un pays qui les reçoit, bénissant cette civilisation qui leur permet de vivre sans misère.
On ne les entend pas trop ces modérés alors qu’ils sont la majorité. Ce qui fait planer un doute sur la capacité de l’islam à se départir de l’islamisme. Et de l’immigré d’aimer la France, nouvelle mère, nouvelle patrie.La « nouvelle France » n’existe pas.
Seule existe une « France ancienne » qui accueille de nouveaux habitants qui ne peuvent se constituer en nouvelle nation.
Ils ont le droit de pratiquer, de se retrouver, en clamant leur chance.Le débat d’il y quelques années sur l’identité a fait long feu.Il est temps, intelligemment, de le remettre sur la place publique.
Juste la question de l’identité et du respect de l’hôte.Sans discours général inutile sur une immigration installée et pérenne.
On est absolument certain que le kebabier n’a aucune volonté de se substituer au bistrotier. Il n’a fait que s’immiscer dans un espace géographique et identitaire laissé vacant par les français, peut-être avides d’économies au détriment de leur identité. Le « jambon-beurre » a le même prix qu’un sandwich kébab.
La lutte contre la dérive ne passe donc pas par le vote, par la Loi, mais par l’action culturelle et idéologique.Il devrait exister, à côté de » l’empreinte carbone » une « empreinte identitaire » pour jauger l’action (non violente ni criarde) contre l’effritement de ce qui fait la France .
Et arrêter sur les plateaux TV de vilipender l’immigration installée, sans revenir sur les français qui ne font que voir, attendent de voter et ne s’insurgent pas par l’action idoine dans une recherche intelligente qui permettrait de remettre la France sur ses pieds français, son piédestal à dire vrai.