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# L’EXPLICATION. HYMNE À LA THÉORIE.

C’était il y a longtemps, quand l’insomnie pouvait être feconde.

J’entends dans la bouche de je ne sais qui (il ne faut pas trop se concentrer lorsqu’on écoute la radio la nuit, ça n’aide pas à s’endormir) une phrase destinée d’abord à briller, puis à prétendre qu’il ne faut rien expliquer et que Voltaire le clamait. Je dors.

Au petit matin, pas très frais, je cherche la citation de Voltaire. un prétendu incontournable comme Montaigne (je ne les aime pas, tous les deux). La voici : “Toute chose qui a besoin d’explication ne la vaut pas”

Il s’agit de dire qu’il ne faut pas trop triturer une idée, un tableau, une photo, une hypothèse, un comportement, ne pas trop l’expliquer, mais simplement prendre l’objet tel qu’il est ou vient.“Ne pas trop aller en profondeur”, nous disait Cocteau, car “on risque d’y rester..”

Ceux qui connaissent ces citations qui doivent certainement figurer dans les manuels pour briller en société et qui les sortent, l’oeil presque clos d’intelligence en scène, sont des faiseurs ou des fainéants. Peut-être aussi des incultes qui camouflent leur méconnaissance théorique par un petit écart précieux et ridicule.

L’explication, dans son mouvement théorique, pas celle primaire de la doxa des “je-sais-tout”, est une jouissance, parmi d’autres, aussi forte que nécessaire. La théorie, la théorisation si l’on veut, aussi sont des plaisirs sans fin.

Je pourrais cependant faire une exception sur le sujet, s’agissant du sentiment : il explose dans tous les sens et peut n’en avoir aucun. C’est sa force, une chose qui n’a besoin que d’elle.